Une police se compose d’un ensemble de caractères ou glyphes, à savoir les lettres proprement dites, les caractères numériques, les signes de
ponctuation, les symboles additionnels, les caractères spéciaux et les différentes graisses (italiques et grasses).
Rigoureusement parlant, il existe une différence de fond entre police de
caractère et type de caractère : Garamond 12 et Garamond 14 sont 2 polices de caractères différentes mais appartiennent tous deux au même type de caractère. La traduction anglaise « font » pour police, provient du mot français fonte. Mot utilisé à l’époque de l’imprimerie mécanique où les blocs de composition
étaient en métal fondu.
II - La personnalité des polices de caractères
Le dessin des lettres d’une police de caractères va influencer d’une part sa
lisibilité, d’autre part l’identité, la personnalité qu’elle va être susceptible de véhiculer. Chaque caractère, par son dessin et les attributs qu’on va lui donner, peut dégager ou non une
harmonie avec l’esprit du texte.
On cite bien souvent des exemples de ce genre, manifestement à côté du sujet :
Le béton
armé
ô douce
femme
la musique
classique
Concert de Hard
Rock
Le choix de la typographie doit donc se faire
en accord avec le message textuel afin de ne pas créer de dissonance entre le fond et la forme.
Avant même la lecture du contenu, la typographie apporte une charge émotionnelle et une
atmosphère particulière au design. Une typographie bien choisie et cohérente avec la ligne graphique de la composition retient l’attention du lecteur et le plonge dans un univers particulier. Le
style peut être formel, décontracté, convivial, moderne…
III - Anatomie des caractères typographiques: Il est possible de regrouper les polices de caractères en famille en tenant compte des caractéristiques communes qui les unissent. Ces différentes familles correspondent alors à des
utilisations spécifiques qui vont marquer les pages d’une atmosphère particulière.
Cette image a été créée par Alcandre pour l'article Caractère (typographie) de Wikipédia.
Chaque police est alignée
horizontalement sur une ligne de pied. Elle possède une hauteur de capitale (distance entre la ligne de pied et le haut d’une
majuscule) et une hauteur « x » (littéralement la hauteur de la minuscule x). Les
hampes s’étendent au dessus de la ligne de x et les jambages sous la ligne de pied.
La césure ?
Pour que le texte se lise sans
peine, l’espacement entre les lettres doit être visuellement correct. La technique d’ajustement est appelé crénage : elle consister à diminuer ou augmenter l’espace entre
certaines paires de lettres. Le crénage est particulièrement utile sur les caractères de plus grande taille, comme les titres : sans lui, les écarts paraîtraient disgrâcieux
: WIK
WAK (3 lettres mais WAK
prend plus de place)
Police avec ou sans Serif ?
Serif est le mot anglais pour empattement.
1° Les caractères sans
empattements sont apparus début XIXème pour les besoins de la publicité naissante. Ils ont la propriété de pouvoir supporter des graisses importantes (d’où leur bonne visibilité
de loin) et de pouvoir être fortement étroitisés et serrés les uns contre les autres : l’absence d’empattements permet un véritable gain de place !
- Les polices
sans Serif sont idéales pour les titres et les petits tirages, tant leur visuel est percutant. - Elles sont
aussi recommandées pour le Web : leur affichage nécessite un nombre moins important de pixels. - Par contre,
leur aspect uniforme peut rendre la lecture délicate, du fait du peu de distinction dans l’affichage des caractères.
2° Les caractères avec
empattements sont conseillées pour les longs écrits papier, leur lecture est plus reposante pour l’œil : à y regarder de plus près, leurs empattements forment comme de
petits rails qui permettent une lecture linéaire plus efficace.
La classification Vox/AtypI inventée par Maximilien Vox en 1954, a été
adoptée en 1962 par l’Association Typographique Internationale (ATypI). Cette classification possède également la caractéristique d’avoir été traduite en anglais et en allemand, renforçant
ainsi son caractère universel.
Cette classification distingue 4 groupes de familles :
I - Les classiques: Humanes, Garaldes et Réales
Le groupe des Humanes, Garaldes et Réales constitue la trilogie des caractères classiques ou historiques.
II - Les modernes: Didones, Mécanes et Linéales
Le groupe des Didones, Mécanes et Linéales constitue la trilogie des caractères modernes, nés avec la Révolution industrielle vers la fin du XIXe siècle. Sous l’influence du
machinisme, ces caractères ont pour particularité d’être constitués de traits simples et fonctionnels.
III - Les calligraphiques: Incises, Scriptes, Manuaires, Fractures
Le groupe des Incises, Scriptes et Manuaires constitue la trilogie des caractères d’inspiration calligraphique.
IV - Les non latines ou orientales
Les non-Latines regroupent les familles parfaitement hétérogènes. La famille des caractères non-latins regroupe les versions typographiées des grandes écritures qui ne sont pas basées sur
l’alphabet latin. (Caractères Arabes, Chinois …) Symbolique en quelques mots : exotiques, renvoient à une culture précise.
Bientôt, chacune des 11 familles de caractère fera l'objet d'un article
détaillé sur son utilisation, son historique, sa symbolique...
Les Humanes puisent leurs formes dans la lettre romaine de la Renaissance. Il s’agit des plus
anciens caractères latins, apparus à la fin du XVe siècle à Venise et s’inspirant des écritures des manuscrits humanistes de l’époque. Historique :
Ces caractères sont marqués par leur rondeur : on cherchait à l’époque la « divine » proportion, ses dessins ont donc été réalisés d’après les proportions du corps humain.
Caractéristiques physiques :
- faible contraste entre les pleins et les déliés,
- empattements triangulaires,
- traverse oblique chez le « e »,
- « M » et « A » surmontés d’un double empattement gauche et droite
Symbolique en quelques mots : classique, historique, élégante, désuète. Domaines d’application : presse, lectures culturelles, historiques, sciences humaines Exemples : Centaur, ITC Berkeley
Dérivés des Humanes, les Garaldes
rappellent les créations classiques (italiennes et françaises). Elles sont ainsiappelées en référence aux deux pères des deux
archétypes de cette famille illustre, le graveur de caractères français Claude Garamond et l’imprimeur et éditeur vénitien Alde Manuce.
Historique : L’objectif des Garaldes étaient de remettre au goût du jour les Humanes,
devenues trop rustiques, afin de réaliser la transmission du savoir souhaité par François Ier. NB : Old Style est la transcription anglaise de la famille des
Garaldes
Caractéristiques physiques
: - proportions plus fines, - empattements triangulaires, - traverse horizontale chez le « e », qu’il ne perdra
plus - Déliés de jonction plus souples - Graisses distribuées par rapport à un axe incliné. - « a » avec larme, « z » avec traverse pleine - « M » et « A » sans empattement supérieur
Symbolique en
quelques mots : typique Renaissance XVIème siècle, classique chaleureux, romantique, élégante, désuète, intemporelle.
Enfants du classicisme du XVIIIe siècle, les Réales sont des
caractères austères, marqués par la rationalité et le réalisme de l’époque encyclopédique. Les Réales sont considérés comme des caractères de transition entre les Garaldes et les
Didones.
Historique :
Le Roi Soleil, en réponse à la concurrence des imprimeurs hollandais, demande au graveur Philippe Grandjean de mettre au point un nouveau caractère, le Romain du
Roi. A l’aide de la technique du compas et des 2304 carrés, ce nouveau caractère est construit avec une grande précision, de l’ordre du scientifique.
Caractéristiques physiques :
- plus de contraste entre les pleins et les déliés,
- empattements triangulaires mais plus fins,
Symbolique en quelques mots : typique classicisme baroque XVIIIème siècle, classique, austère, élégante, vieillotte.
Le groupe des Didones, Mécanes et Linéales constitue la trilogie des
caractères modernes, nés avec la Révolution industrielle vers la fin du XIXe siècle. Sous l’influence du machinisme, ces caractères ont pour particularité d’être constitués de traits
simples et fonctionnels.
Les Didones évoquent la typographie du début du 19e siècle par leurs
formes épurées. Aboutissement du processus de rationalisation engagé à l’époque classique, les Didones doivent leur nom à celui de la dynastie d’imprimeurs et d’éditeurs français
Didot et à l’imprimeur parmesan Gianbattista Bodoni.
Historique :
La création de ce caractère est due à l’apogée de l’Empire : les
mutations sociales nécessitent une typographie plus évoluée, plus stricte. L’évolution des techniques d’impression, l’apparition du papier Vélin, ainsi que la maîtrise de la typographie
en plomb, facilitent grandement cette nouvelle réforme dans le dessin des caractères.
Caractéristiques physiques :
- verticalité,
- passage brutal des pleins aux déliés,
- empattements fins et horizontaux,
Symbolique en quelques mots : néo-classique XVIIIème siècle – XIXème, stricte, logique, intellectuelle,
rigoureuse.
Domaines d’application : sciences et techniques, domaines rationnels et rigoureux
Les Mécanes s’inspirent des inscriptions monumentales de
l’antiquité. Elles sont également appelées Egyptiennes en référence au très fort intérêt pour l’égyptologie qui régnait à l’époque de leur lancement (début du XIXe
siècle).
Historique : Elles sont caractéristiques du XIXème siècle et de la Révolution
industrielle. Leurs formes régulières et très géométriques évoquent les mécaniques industrielles. Les Mécanes ont pu répondre aux nouvelles exigences de la publicité vantant les
nouveaux produits. Caractéristiques physiques : - caractères construits - faible contraste entre les pleins et les déliés, - empattements épais, rectangulaires et uniformes, - tracés réguliers Symbolique en quelques mots : mécanique, percutante,
lisible.
Les Linéales correspondent aux caractères bâton (sans
empattement) de la typographie moderne. Sous le vocable de Linéale, Vox a regroupé l’ensemble des caractères sans empattements (sans serif en anglais). On les a également appelées
suivant les époques, Grotesque, Antique ou encore Bâtons.
Historique :
Elles sont une évolution des Mécanes : utilisées surtout par la Publicité, leur avantage est une très grande lisibilité pour les textes grands et courts.
Caractéristiques
physiques : - graisse uniforme
- pleins et déliés égaux,
- sans empattements,
Symbolique en quelques mots : équilibrée, lisible, moderne, monotone.
Historique Les Incises tiennent leurnom des Latines d’Inscription (c'est-à-dire les capitales romaines) gravées dans la pierreou le métal au burin. A l’origine ces caractères étaient dépourvus de
minuscules, les typographes leur en ont par la suite imaginé.
Caractéristiques
physiques : - entre les Géraldes et les Linéales, - empattements petits et triangulaires,
Symbolique en
quelques mots : typique des années 50-60, élégante, froide, administrative,
institutionnelle.
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